Le plant français de pomme de terre FNPPPT Gnis

Les gestes simples de la culture et de son entretien

Jean-Marc MULLER, Larchant (Seine et Marne)
Moi j'achète les plants germés en clayettes, je les dresse moi-même. Je mets chaque plant dans une alvéole de ces grandes boîtes à œufs : c'est très pratique parce que ça permet de mettre la petite pomme de terre debout. Et je fais cela, en général, à partir de février, dans une grange à la lumière pour ne pas que les germes filent, assez fraîche aussi pour ne pas non plus qu'ils filent, pour qu'ils soient bien drus, en dessous de 10 °C : hors gel et à la lumière.

Ici, j'ai un peu de mal à les planter de bonne heure : je plante vers le 15 avril parce que j'ai toujours des risques de gelée. En général, je fais un premier rang de bonne heure, vers le 20 mars ou fin mars. C'est un rang que je vais protéger sous un voile de forçage, et c'est lui que je vais récolter en premier, vers la fin mai. Et ça va me faire mes premières pommes de terre, mes pommes de terre nouvelles. Mais je ne prends le risque qu'avec un rang. Si je le perds, tant pis pour moi. Il se trouve, des fois, que celui que j'ai planté 3 semaines avant n'est pas beaucoup plus avancé que celui que j'ai planté vers le 15 avril !

Jean-Louis AIX, Jardins Julian Grimaud, Vitry-sur-Seine
Pour avoir des beaux germes, il faut les mettre à la lumière. Avant je faisait ça : je les achetais de bonne heure et je les mettais à la lumière. Seulement à la maison il faut tout le temps les déplacer ! Maintenant, je plante directement tel quel, sans les faire germer. La dernière semaine de mars, tout le temps. Et tous les ans j'ai de belles pommes de terre. La dernière semaine de mars, c'est le meilleur moment pour avoir des pommes de terre précoces.

Moi, mon but, c'est de manger les pommes de terre que j'ai cultivées moi-même et donc la variété que j'ai moi-même choisie. J'en ai essayé plusieurs et maintenant je fais quasiment toujours la même, autrement dit la Rosabelle : c'est une bonne variété qui se conserve bien et qui est agréable à manger. Je fais environ 70 pieds, ça doit faire dans les 100 kg de récolte. Mais on les mange dès qu'elles sont prêtes, au fur et à mesure. En général, il en reste pour l'hiver.

Albert DUCHOSAL, Jardins Julian Grimaud, Vitry-sur-Seine
Vous préparez le terrain, vous le retournez bien, vous essayez de l'amender un peu avec de fumier de cheval, des algues, de l'or brun, etc. ; vous faites un trou, vous mettez la pomme de terre dedans. Quand elle sort un peu, vous donnez un petit coup de binette pour enlever les mauvaises herbes, quand elle est montée un peu plus vous la buttez et vous attendez qu'elle pousse.
Surveillez s'il n'y a pas de doryphores, sinon il faut traiter.

André CESCOSSE, Jardins de Crosne (Essonne)
On a, bien entendu, des produits pour détruire les doryphores. Mais, de préférence, on ramasse les doryphores, on les met dans sa petite boîte et on les brûle. C'est vrai qu'avec les produits on asperge c'est terminé, y'en a plus. Mais c'est pas sûr, parce qu'ils reviennent ! C'est une bestiole, elle va passer l'hiver dans le sol et l'année d'après elle revient, même après avoir été traitée. C'est une sacrée bestiole ! Alors ce qu'il faut faire, c'est vrai, il faut les ramasser. Surtout ne pas attendre. On passe à travers les feuilles et il ne faut pas oublier de les retourner de façon de voir les œufs en dessous pour les enlever. Et ne pas attendre parce que ça prolifère très vite. Pour nous, il est formellement interdit de ne pas enlever les doryphores. C'est punissable parce que, d'une part déjà votre récolte est morte et en plus vous gênez votre voisin et ça prolifère terriblement. Le doryphore ne va pas que sur les pommes de terre il va sur d'autres légumes, beaucoup de légumes.

Jean-Marc MULLER, Larchant (Seine et Marne)
C'est un légume qui est sujet à des maladies notamment le mildiou. Ça c'est un des problèmes. C'est pas compliqué : aujourd'hui on a la bouillie bordelaise, elle est même agréée en agriculture biologique et il y a d'autres produits qui sortent maintenant, des hydroxide de cuivre qui sont moins riche en cuivre et qui sont tout aussi efficaces. On en fait 2 passages et puis voilà et c'est pas plus compliqué.

J'ai jamais été très attaqué par les doryphores. Pourquoi ? J'ose espérer que c'est la façon dont je conduis le jardin, d'une façon globale, pour essayer de garder un certain équilibre entre les prédateurs des uns et des autres, que ce soient les pucerons avec les coccinelles ou les forficules ou toutes les petite bêtes qui mangent les pucerons : leur garder des abris, j'ai toutes les orties, tout du long, qui sont l'abri pour toutes ces bestioles là... Si vraiment j'ai une petite attaque, je les retire à la main comme ça se faisait autrefois ; plus grosse attaque, ça c'est embêtant. Si vraiment je suis obligé, c'est le pyrètre, pas les pyrètrines de synthèse, le pyrètre naturel, il y a plusieurs marques de produits bios qui font du pyrètre naturel. Simple précaution : essayez plutôt de le passer le soir, une fois que les abeilles sont couchées.
Évidemment, on va vous dire que c'est quand même moins efficace que les produits chimiques. C'est vrai que vous n'allez pas retrouver vos bestioles, 2 heures après, tout le monde par terre. Souvent le pyrètre, si vous avez vraiment une bonne attaque, il faut le passer 2 jours de suite ou 2 fois de suite à 2/3 jours d'intervalles.

C'est une approche globale du jardin. Déjà, le fait de ne pas mettre d'engrais chimique vous permet d'avoir des plantes qui sont nourries par le sol et pas nourries directement par les engrais. Donc des meilleures qualités de résistance à la fois au stress et aux prédateurs parce qu'on a une plante plus forte.

Le végétal, c'est le même fonctionnement que l'homme, on est très très proche finalement : on a des stress. Si on est en mauvaise santé, on attrape toutes les maladies qui viennent ; si vous êtes en pleine forme, vous avez beaucoup plus de chance de passer à travers les maladies...

Et bien la plante, c'est strictement la même chose. Et pour la garder en forme, il n'y a qu'une solution : avoir un sol très naturel et riche naturellement en matière organique et après les aider. Les purins d'orties par exemple, c'est ni des engrais, ni des traitements, c'est un phyto-stimulant. Ça aide la plante à s'enrichir pour résister. Comme les jus d'algues : moi je fais beaucoup de purin d'orties et de jus d'algues. L'algue aussi est déstressante et amène beaucoup d'éléments minéraux...

Il est certain que, de toutes façons, tous ces prédateurs, que ce soit doryphore, que ce soit puceron, que ce soit mouche de la carotte, vers du poireau, se dirigent essentiellement à l'odorat : ils sentent le poireau, ils sentent la pomme de terre, ils attaquent. Tout ce qui peut troubler l'odorat ne va pas éradiquer les prédateurs, mais va les diminuer et notre but, ce n'est pas forcément d'éradiquer (d'abord parce qu'il faut garder à bouffer pour leurs propres prédateurs justement), mais il faut diminuer le risque. Jusqu'à quel moment on va se dire "là ma pomme de terre est en danger, là il faut vraiment que j'intervienne" ? Tant qu'il y a un équilibre qui se crée, que la plante n'est pas forcément en danger grave, c'est pas la peine d'agir. C'est aussi agir à bon escient : au moment où il faut et quand il faut. Et si on respecte ça, je peux vous assurer qu'on a beaucoup de progrès en terme d'attaque.

Et si il y a attaque, il faut utiliser les produits les mieux adaptés. Si on veut utiliser les produits chimiques, si on est un inconditionnel (tout est respectable), à ce moment là respecter les doses. Ne jamais dépasser les doses du fabricant, voire même les diminuer légèrement, c'est pas plus mal. Et respecter les dates de consommation par rapport au traitement.
Il y a aussi des moyens de lutte sains contre les doryphores. Quand on voit toutes les petites pontes jaunes, on se dit "attention - danger". Alors il y a les autres petits trucs : on met une aubergine au milieu des pommes de terre, parce que l'aubergine récupère les doryphores en premier ; donc c'est plutôt un signal d'alerte.

Marcel GENESTA, Jardins de Crosne (Essonne)
Je n'ai pas eu de doryphore cette année. Le doryphore il aime plus l'aubergine que la pomme de terre. Le doryphore adore l'aubergine... Vous voyez, j'utilise des aubergines greffées....

Jean-Louis AIX, Jardins Julian Grimaud, Vitry-sur-Seine
Ca dépend des années, cette année il n'y en a pas eu beaucoup.
Cette année, avec le purin de tanaisie, on n'a pas eu de doryphore et c'est un traitement bio. On fait macérer un peu de tanaisie dans un sceau avec de l'eau, on filtre, on ajoute 2 cl de liquide vaisselle, on pulvérise avec ça et on n'a pas de doryphores, ni de pucerons.

Dominique SIMON, Jardins de Crosne (Essonne)
S'il y a des doryphores, je traite. Mais là, depuis que je fais des pommes de terre ici, le peu de doryphores qu'il y a eu, je les enlève à la main.

Sinon, je ne mets rien du tout : pas de désherbant, pas d'engrais. La seule chose que je fais, quand elles commencent à lever, puis au moment de la fleur, je les arroses avec du purin d'ortie pour leurs donner un bon coup de fouet. C'est tout.

Jusqu'à présent je n'ai pas eu de mildiou. Je ne traite pas du tout. Et puis vu la quantité de pommes de terre que je fais, même si j'ai un petit peu de perte, pour moi ce n'est pas un soucis. Je privilégie la qualité, ma culture est parfaitement bio. Bon, si j'avais une petite parcelle, avec un seul rang de pommes de terre, je chercherais le rendement. Donc peut-être que je mettrais de l'engrais pour avoir une quantité de production plus importante. Ce n'est pas mon but puisque j'ai suffisamment de surface pour en faire beaucoup, pouvoir admettre de la perte s'il y a une maladie, ça me satisfait tout à fait.

Marcel GENESTA, Jardins de Crosne (Essonne)
On me dit qu'avec la pomme de terre, la terre est propre. C'est parce que déjà on laboure, on plante la pomme de terre, après on la bine, puis on la butte. Et moi, je mets beaucoup de fumier de lapin et de pigeon (mais surtout pas de poulet, car le fumier de poulet détruit la stabilité du sol !).
Alors, la pomme de terre, on laboure pour la planter, on fait un binage, après on la butte, puis on l'arrache. Cette terre, on la travaille plusieurs fois et ça vous laisse une terre farineuse, de la bonne terre. Surtout quand il y a du fumier. Après, quand vous voyez que la terre gonfle, c'est que vous avez des belles pommes de terre, ça y'en a beaucoup qui ne le savent pas. C'est pour ça que je leur dis de bien la butter, parce que comme la pomme de terre devient belle ici, si elle n'est pas bien buttée, elle sort, elle devient verte, elle est inmangeable. C'est pas bon, c'est même du poison.

Charly MILLOT, Jardins Julian Grimaud, Vitry-sur-Seine
Dès lors que vous buttez les pommes de terre, vous n'avez déjà pas d'herbe, c'est un bon désherbant. Quand vous arrachez vos pommes de terre, vous retournez bien la terre, vous pouvez semer derrière et vous n'avez plus besoin de re-bêcher. Donc, c'est pour ça que je dis que c'est un bon désherbant et c'est un bon aérateur de la terre.

Jean-Marc MULLER, Larchant (Seine et Marne)
Oui, effectivement, c'est ce qu'on dit et je pense que ça sert à nettoyer le terrain. Comme on les butte, on est plus tenté de les désherber. Mais moi, je pense aussi qu'on nettoie le terrain quand on les récolte. Parce que, quand on récolte ses pommes de terre, on est bien obligé de piocher l'ensemble de la zone où elles ont été, on pioche quand même assez profond, et donc on vire les racines de mauvaises herbes, notamment les racines traçantes types chiendent, prêle, liseron, et on va les avoir assez profond. Donc, en fait, au moment de la récolte, on le travaille vraiment ce terrain. Et c'est en ça que ça nettoie. La pomme de terre, c'est un bon moyen de bien travailler un terrain qui a été mal travaillé ou qui n'a pas été travaillé du tout. Quand on veut démarrer un jardin potager, je trouve que, faire de la pomme de terre, c'est une bonne idée parce qu'on est sûr qu'on va vraiment bien nettoyer son terrain.

Monsieur Claude BUREAUX
Muséum d'histoire naturelle - Paris

"Les plants de pommes de terre certifiés proposés aux jardiniers ont été produits suivant des règles très précises, avec un contrôle rigoureux des maladies. Ce sont des plants sains, vigoureux, préparés par des professionnels et contrôlés par le Service Officiel SOC.
Je ne peux que recommander l'achat de ces plants et j'ai toujours été réticent à la conservation de nos propres semences issues de nos cultures afin d'éviter l'introduction et la propagation des maladies."